Foire aux questions

La lectrice soumise, par René Magritte. 1928

C’est quoi un philosophe public?

J’ai voulu réactualiser la fonction de philosophe en m’inspirant de ce qu’était cette profession durant la période gréco-romaine (500 av. J.-C. à 500 après J.C). Les philosophes exerçaient leur activité ouvertement au cœur de la Cité. Il existait différentes écoles de philosophie (platonicienne, épicurienne, stoïcienne,…) et chacun venait consulter un philosophe pour l’aider à se soucier de lui-même et développer un art de vivre. Aujourd’hui, telle qu’elle est enseignée la philosophie moderne a rompu avec ce que l’on pourrait appeler la spiritualité. En s’institutionnalisant elle s’est développée comme une discipline de savoirs sans pratiques et elle n’a gardé de son origine antique que le rapport à la connaissance.

Or le plus difficile n’est pas d’intellectualiser une théorie, le plus difficile est de la comprendre, de la faire sienne, qu’elle devienne une manière de voir, de sentir et d’agir, en d’autres termes qu’elle devienne une pratique.

Exercer la profession de philosophe public c’est faire exister la pensée philosophique en la rendant accessible au plus grand nombre pour qu’elle devienne concrète et transforme nos vies.

Consulter un philosophe ou un psychologue?

Ce qui est recherché dans la pratique philosophique est l’intensification de notre vie, c’est-à-dire progresser vers une vie plus riche, plus ample, devenir plus sensible à-nous mêmes et à ce qui nous entoure. La thérapeutique en psychologie consiste plus en une analyse de nos désirs et une recherche des causes de la souffrance.

La démarche que je propose est une construction de nous-mêmes par nous-mêmes avec l’autre. Il s’agit de créer  de nouveaux désirs plus actifs, comme l’exprime Gilles Deleuze et d’inventer nos lignes de joies. Pour cela, la philosophie est généreuse et il s’agit de se nourrir de « belles pensées », de s’en imprégner, de les malaxer pour qu’elles guident et transforment nos actions. Le philosophe en tant « qu’ami de la sagesse »  transmet des moyens de penser. Il recherche et veut provoquer un surplus d’activité chez son interlocuteur. Vous ne sortez jamais « les mains vides » d’une consultation philo car vous aurez acquis des « outils de pensée » que vous pourrez utiliser dans votre quotidien.

Un philosophe ne veut pas éduquer, ce n’est pas professeur; il cherche à stimuler la pensée de l’autre afin qu’il devienne plus autonome, qu’il fasse un meilleur usage de sa liberté. Quand nous essayons de comprendre, quand nous exerçons notre esprit, le mouvement de notre pensée s’approprie du « nouveau », de l’impensée, pour le faire sien. C’est cette appropriation du nouveau qui peut nous entraîner à devenir de meilleures personnes. C’est en se déplaçant que beaucoup de nos soucis disparaissent, parce que quelque chose n’est plus vus et entendu de la même manière (thérapeutique).

« Quand je lis de la philosophie je n’y comprends rien ! Et puis je ne veux pas me prendre la tête ! »

-Si vous ne voulez pas risquer de « vous prendre la tête », alors c’est quelqu’un d’autre qui s’en emparera !

Moins on s’interroge dans son existence et plus les épreuves qui surviennent dans notre vie nous semblent compliquées et difficiles à surmonter. Aller vers plus de complexité, c’est aller vers plus de simplicité. Devenir simplement complexe s’oppose à être chaotiquement compliqué.

Ce n’est pas au moment où vous vivez une épreuve, petite ou grande, qu’il faut philosopher ! Philosopher c’est se préparer, travailler à la bonne vie. (pensée stoïcienne)

Et donc il est tout naturel d’avoir des difficultés à lire et comprendre de grandes philosophies ! Imagine-t-on les ingénieurs réinventer l’électronique à chaque génération sans avoir appris de leurs pairs ? Et bien l’art de vivre nous propose de nous interroger sur ce que chacun possède qui est le Métier de vivre, d’homme et de femme. Aller vers plus de sagesse demande du courage et du travail. Comme l’écrit Thucydide qui citait Périclès : « Dans la vie il faut choisir, se reposer ou être libre! » 

Par exemple, si un philosophe comme Spinoza a mis sa vie dans son œuvre, travaillé pendant des décennies à comprendre d’autres pensées, à y répondre, en inventant de nouveaux chemins. Et bien la complexité de son Éthique doit-elle nous apparaître sans difficulté? C’est au contraire cette difficulté, cette sagesse à atteindre qui nécessite que nous transformions. C’est en se dépassant soi-même que l’on fait naître de la joie et de meilleurs possibles.